11/07/2006

Mariage gay : détruire l'argument de "l'homosexualité subversive"

L’argument de « l’homosexualité subversive » revient extrêmement souvent, comme un passage obligé, lors des différents débats sur l’ouverture du mariage et de la parentalité aux « couples de même sexe ». Il est d’ailleurs utilisé aussi bien par des « homosexuels » que des « hétérosexuels », mais cependant toujours pour contrer les revendications « légalistes » et « bourgeoises » de l’égalité, et le discours pro-mariage.

Sa facture est simple : « l’homosexualité » a toujours correspondu non à une déviance mais à un comportement minoritaire, insoumis, rebelle, réfractaire aux normes, subversif ; les homosexuels sont consacrés par la littérature (et le bon sens populaire) comme « la race maudite », « la franc-maçonnerie du vice », c’est-à-dire un groupe en dehors du système, de facto différent.

L’« homosexuel » trouverait sa réalisation dans le mode de vie « planqué » qui convient aux vrais subversifs : placard, cachette, double vie, mensonge. Le mariage entre deux personnes « de même sexe » risquerait donc de faire perdre tout le sel de « l’homosexualité », de faire des « homosexuels » des bourgeois soumis au système hétérosexuel. L’homosexualité perdrait toute sa portée subversive, elle perdrait même toute sa signification, minoritaire, anti-système, son essence rebelle, etc. Cette dé-subversion générerait immanquablement une perte du désir homosexuel, stimulé par essence par le côté « planque », double vie, qui est un « formidable stimulant », le « meilleur aphrodisiaque ».

C’est ainsi qu’on a pu voir des personnes, tout à fait opposées au mariage « homosexuel », ironiser sur l’embourgeoisement, le côté « beauf » des « homosexuels », désireux de se « caser », et même faire de l’humour sur le décalage tonitruant qui existe entre les figures maudites et sublimes de Rimbaud et Verlaine, de Genet, et les « homosexuels » d’aujourd’hui, mesquins, petits joueurs, quémandeurs de normalité et d’intégration.

Le fait que l’argument continue à être servi à longueur de débats, et qu’il soit également développé par des tenants du queer, rend nécessaire une mise au point aussi rapide que définitive, pour en finir avec ce mythe essentialisant et naturalisant de « l’homosexualité subversive ».

La rhétorique décrite plus haut consiste en effet en un processus classique de naturalisation et d’essentialisation de ce qu’est « l’homosexualité » et de ce que doivent être « les homosexuels » (si ce n’est « l’Homosexuel), à savoir des êtres subversifs, maudits et sublimes. C’est donc une pratique de normalisation, qui réifie « l’homosexualité » et n’autorise qu’une seule forme de pratique, à l’exclusion de toutes les autres.

La logique de cet argument n'est donc pas différente de celle des psys réacs, qui unifient et uniformisent la mutiplicité des sexualités sous de gros concepts attrape-tout et simplificateurs, et qui attribuent à tous les "homosexuels" un psychisme invariant (une spécialité d'Anatrella).

Ceux qui refusent la possibilité d'une ouverture du mariage aux personnes de même sexe cristallisent un certain mode de vie "homosexuel", daté et situé, et souhaitent le normaliser et en faire le seul et unique mode de vie possible (et viable ?). C'est une logique conservatrice de maintien du monde tel qu'il est, et surtout d'idéalisation d'un âge d'or. Au vrai, c'est une rhétorique particulièrement situable générationnellement : ce sont, grosso modo, les plus de trente ans qui en sont les principaux promoteurs. En revanche, ce même argument est (curieusement) totalement inaudible par les "jeunes gays", intégrés et pas concernés par la mythologie sepia de la "double vie" et du "placard".

Sociologiquement, les comportements des "homosexuels", aujourd'hui, n'ont aucune correspondance avec le discours "placard" et celui de "l'homosexualité subversive". Une telle revendication apparaît donc d'autant plus à côté de la plaque.

De plus, si instituer le mariage "homosexuel" revient, selon les tenants de "l'homosexualité subversive", à instituer la routine hétéro-régulée, à beaufiser l'homosexualité, à normaliser la subversion sexuelle ; alors refuser l'ouverture du mariage correspondrait, à rebourd, à une institutionalisation de l'homosexualité comme nécessaire subversion, en dehors d'un cadre juridique organisé, et à "graver dans le marbre" la subversion, ce qui apparaît comme un joli paradoxe performatif.

C'est au contraire en laissant le choix au personnes de trancher entre "subversion" (non-mariage) et "embourgeoisement" (mariage) que l'on rendra possible de réelles logiques de refus de l'ordre établi.

1 comment:

Thomas said...

très bon article monisuer